Quand c’est le moment de raconter cette histoire, je n’y arrive pas.

Ce n’est jamais le bon moment, jamais le bon contexte. J’ai besoin de me sentir en sécurité, de savoir que la personne en face peut vraiment comprendre.

J’ai besoin de parler à quelqu’un qui a vécu quelque chose de similaire. Quelqu’un qui ne va pas juger, pas minimiser.

Mais quand ce moment arrive, je bloque complètement.

Ma gorge se serre, aucun son ne sort. Mes lèvres bougent, mais il n’y a rien derrière. C’est comme si mon corps refusait de parler à ma place.

J’ai réussi une seule fois, avec un psychiatre.

Il m’a fait des promesses. Il m’a dit que des gens viendraient m’aider, qu’on allait s’occuper de ça. J’y ai cru.

Mais rien ne s’est passé. Personne n’est venu.

Et lui est parti au bout de six mois.

Donc rien n’a changé. Tout est toujours là.

On m’avait dit que ça irait mieux après en avoir parlé. Mais ce n’est pas vrai.

Je n’ai même pas réussi à tout dire. J’ai gardé une partie pour moi, à cause de la honte.

Maintenant, c’est encore pire.

Ma gorge se bloque dès que j’essaie. Et surtout, la confiance a disparu.

J’ai l’impression qu’elle ne reviendra jamais.

Parce que personne n’a vraiment été là. Personne n’a vraiment écouté jusqu’au bout. Personne n’a essayé de comprendre.